OpenStreetMap rend nos infrastructures plus intelligentes et durables

OpenStreetMap rend nos infrastructures plus intelligentes et durables

Les services publics couvrent des domaines aussi vastes que la distribution d’eau, d’électricité ou l’accès aux télécommunications et même nos déplacements collectifs. Ils s’appuient sur une grande diversité d’infrastructures, parfois centenaires ou construites après la seconde guerre mondiale qu’il faut maintenir, renouveler et développer. La communauté OpenStreetMap contribue à cet effort en apportant un socle numérique aux activités des autorités et exploitants. Des logiciels libres et des données qui sont aujourd’hui essentiels aux grands plans de renouvellement ou de développement amorcés en France et en Europe.

Cet article propose de décrire un paysage varié au sujet de l’électrification, du développement des télécommunications ou du renouvellement des réseaux d’eau. OpenStreetMap est une source de données vues du terrain qui complète utilement la connaissance officielle ou référentielle. La société civile peut alors faire sa part pour la réussite de ces projets aux côtés des maîtres d’ouvrages de ces transformations.

Une plateforme pour faire ensemble

OpenStreetMap s’attache à décrire les infrastructures visibles en opposition aux données logiques souvent uniquement connues de leur exploitant. C’est le cas de la voirie, ses ouvrages d’art et particulièrement des aménagements cyclables, des réseaux électriques, de la signalisation ferroviaire à la voie ou encore de toute nature de cours d’eau. Des évolutions du modèle attributaire ont permis de traduire nos observations ou de garder trace de plus de détails obtenus du terrain.

L’originalité de la méthode proposée par OpenStreetMap consiste à contribuer à une unique base de données, fondée sur une modélisation topologique et une ontologie commune. Elle favorise la description mutualisée d’ouvrages qui habituellement le sont de façon isolée dans les référentiels de chaque activité. Des incohérences ou des manques deviennent alors évidents et sont plus facilement corrigés.

Les communs pour être agiles

Les bouleversements des trois dernières décennies n’ont pas aidé à disposer de données opérationnelles à jour. La mutation de monopoles d’état en marchés ouverts servis par des acteurs privés a provoqué une dilution des moyens, séparations fonctionnelles (ferroviaire, télécommunications, énergie…) et complexité opérationnelle. OpenStreetMap a alors toute sa place pour favoriser de nouvelles collaborations et notre association y a pris toute sa part. Une nouvelle agilité se construit ainsi avec d’autres partenaires impossible à réunir sans contribution commune, au service d’une réelle intelligence territoriale :

  • A court terme, la résilience territoriale doit être restaurée. C’est une affaire d’inter-dépendances entre réseaux qu’il est plus facile de modéliser à partir de données cohérentes et de complémentarité des points de vue qu’un acteur ou une filière seuls ne peuvent pas atteindre
  • L’avènement des modèles de monde qu’il faudra nécessairement maîtriser et qui s’appuient eux aussi sur des données cohérentes et supportent mal les silos.

Sans quoi les multiples projets de jumeaux numériques, maquettes virtuelles en tous genres ne seront pas opérationnels. Ils souffrent de manques d’interopérabilité, d’exhaustivité ou s’avèrent inadaptés au métier qu’ils sont supposés servir. La résilience, particulièrement lorsqu’il s’agit d’adaptation au changement climatique, se construit en combinant les points de vue de plusieurs acteurs. Les tiers doivent pouvoir formuler des propositions éclairées, notamment à propos de la prévention des risques. Cela allant de la planification d’investissements futurs à la gestion d’éventuels sinistres en situation de crise. Les multiples acteurs impliqués, soumis à des rythmes de plus en plus rapides ne s’accommodent plus de conventions bilatérales pour échanger des données géographiques de notoriété publique.

Cela n’oblige pas à tout mettre en commun. Nous nous concentrons sur le socle visible et les identifiants pour établir des liens avec des bases de données privées. Cela dans le respect de la licence ODbL qui encadre la réutilisation des données proposées. Nous détaillons ci-dessous trois thématiques concrètes qui font la force du projet OpenStreetMap.

Contributions aux standards officiels

En France, notre expérience du terrain a permis de contribuer à l’élaboration de standards, au sein des groupes de travail du CNIG. En matière de réseaux, on pense par exemple à :

Patrimoine bâti et activités de réseaux

Les activités de réseaux ont une empreinte foncière particulière. Des locaux techniques sont présents dans des bâtiments dédiés, installés dans de plus larges ensembles ou intégrés de façon à devenir invisibles. On cherche donc de petits bâtiments, parfois souterrains là où la plupart des référentiels ont défini des seuils en dessous desquels les bâtiments n’ont pas été décrits. En France il s’agit du cadastre, du Référentiel National des Bâtiments et de la BDTopo de lIGN. OpenStreetMap représente donc une opportunité pour le retrait progressif de ces seuils, sur le chemin de l’exhaustivité.

Trop de bâtiments hébergeant des activités de réseaux manquent dans les référentiels fonciers. Il est possible d’y répondre en collaborant sur OpenStreetMap

C’est par exemple le cas des réseaux de distribution d’électricité :

Etat des lieux du bâti de la distribution d’électricité sur l’EPCI du Grand-Annecy en 2025, pour 989 bâtiments connus d’OpenStreetMap

Ne pas connaître finement le socle foncier qui supporte ces activités de réseaux pose plusieurs problèmes. Ils sont plus difficilement visibles dans les études puis les plans de cohérence ou de sauvegarde territoriaux. Leur considération n’est plus un réflexe et ils sont finalement ignorés alors qu’exposés à plusieurs risques : inondation, incendie, chaleur et glissements de terrain… C’est ainsi que de nouveaux bâtiments dédiés aux réseaux en fibre optique sont construits en zone inondable, comme le montre cette étude d’Infranum/Tactis. Il convient donc de ne pas les oublier pour les déplacer le moment venu ou de pouvoir les protéger lorsque le danger survient.

En plus de l’inventaire et des géométries affinées sur OpenStreetMap, l’attribut utility=* indique l’activité à laquelle ces bâtiment se rapportent.

Utilité publique et servitudes

Puisque nous traitons de services publics essentiels, les infrastructures qui les supportent bénéficient de statuts privilégiés comme celui d’utilité publique. Ce régime leur donne une visibilité particulière dans les politiques publiques d’urbanisme. Il assure leur pérennité face à d’autres aménagements adverses ou au droit de propriété privée dans les emprises qu’ils traversent grâce à des servitudes. Ce sont des informations qu’il faut conserver tout au long de leur cycle de vie, plus de 100 ans pour certains ouvrages.

En France, le cadre légal et réglementaire est pléthorique en la matière. Il faut distinguer l’utilité publique, affirmée globalement par voie réglementaire et les servitudes qui peuvent être établies par voie conventionnelle. Ces conventions peuvent comporter des données personnelles qu’il n’est pas possible de divulguer.

Des arrêtés ministériels affirment l’utilité publique des ouvrages d’envergure nationale. D’autres arrêtés préfectoraux sont parfois nécessaires pour les ouvrages d’importance moindre. Une référence nationale unique désigne les textes nationaux depuis 1987 utilisable dans OpenStreetMap : le code NOR. La liaison entre ouvrages et arrêtés de DUP n’existe nulle part ailleurs. De multiples exploitants gèrent ces ouvrages et la puissance publique ne qualifie pas les servitudes existantes avec ces références. Les textes les plus récents comportent toutefois des annexes cartographiques. Ils n’ont pas été mis en cohérence la loi d’accès aux documents administratifs qui prévoit pourtant un format réutilisable.

Depuis 2025, nous utilisons la clé related_law:FR:NOR pour lier les ouvrages vus sur le terrain avec leur déclaration d’utilité publique.

Pour le réseau de transport d’électricité, nous sommes remontés jusqu’en 1987 et avons retrouvé 250 arrêtés ministériels d’utilité publique. Près de 1 000 tronçons du réseau sont désormais pourvus de la référence NOR de leur déclaration d’utilité publique respective. Vous pouvez en prendre la mesure en ligne via cette carte uMap :

Une telle investigation donne aussi à voir sur le développement de ces infrastructures au fil des années. Elle constitue un retour d’expérience essentiel pour l’instruction des projets à venir.

Bornage et affleurants

Outre la connaissance des ouvrages mêmes et leur régime réglementaire, il faut aussi connaître et maintenir leurs affleurants et accessoires. C’est le cas du bornage, en particulier pour les réseaux souterrains ou la voirie. Ces bornages servent autant à l’exploitant pour ses activités qu’aux tiers pour leur information ou la prévention des risques à leurs abords ou la matérialisation de limites. Ils rappellent la présence d’éventuels risques, y compris dans un environnement qui peut avoir été largement réaménagé depuis leur installation.

D’une manière générale, en prendre soin permet de mieux s’organiser en temps de crise. Le bornage limite les modes communs indésirables en incitant d’autres maîtrise d’ouvrages à éloigner de nouveaux ouvrages de ceux existants lorsque les risques sont trop importants. Il est donc utile de les maintenir et de les connaître.

Le bornage est parfois l’unique témoin d’un patrimoine dilué dans le paysage dans lequel il a été construit des décennies auparavant

Ces bornes peuvent être perçues comme obsolètes du fait d’un manque d’entretien et ancienneté ou trop ordinaires et volatiles. Elles comportent pourtant des informations importantes et peuvent constituer des limites de sections ou servir de points de repère. Ce recensement a s’est révélé efficace à plusieurs reprises en signalant aux gestionnaires de voirie locaux la nécessité de préserver ces bornes lors de travaux. OpenStreetMap s’est rappelé qu’il existait une borne à un endroit donné avant une éventuelle disparition.

Un modèle attributaire plus robuste

La communauté OpenStreetMap a affiné son modèle attributaire pour décrire une large diversité de bornages visibles et reconnaissables, dans le monde entier. Cela peut être des bornes kilométriques, frontière ou d’ouvrages de réseau. Il s’agissait de tenir compte d’une certaine complexité des situations en raison de :

  • La forme et matériau de ces bornes (au sol, visibles de près, de loin ou depuis les airs)
  • Les activités afférentes et à proximité
  • L’ouvrage distant qu’elles désignent
  • Leurs propriétés métier respectives

Historiquement, chaque domaine (foncier, routier, réseaux…) disposait de sa propre étiquette, telles que highway=milestone ou pipeline=marker. Certains concepts pourtant communs n’étaient pas mutualisés dans des attributs génériques. Ces valeurs relatives aux bornes contribuaient aussi à la saturation de clés pourtant dédiées à des objets majoritairement linéaires. Les bornes ont d’abord été matérialisées sur des nœuds faisant partie des voiries ou canalisations dont elles signalent la présence. Cela au détriment de leur positionnement réel puisqu’elles sont installées à proximité seulement. Il était donc nécessaire d’améliorer nos outils.

L’apparence des bornes

En 2020, c’est marker=* qui a permis de décrire l’apparence de n’importe quelle borne, quel que soit le domaine d’activité auquel elle se rapportait. Nous sommes donc sortis des clés propres à chaque domaine en adoptant une pratique plus surfacique que linéaire. Par exemple ici avec les bornes matérialisant un oléoduc :

Évolution des attributs relatifs aux bornage des canalisations d’hydrocarbures
Distinguer le patrimoine signalé

En 2026, nous avons franchi une seconde étape avec une solution générique pour décrire le patrimoine signalé, sans risque de confusion avec les propriétés propres à la borne. Nous utilisons désormais indication:*=* en remplacement de nombreuses étiquettes trop spécifiques. Il traduit les informations lues sur la borne en reprenant les étiquettes OpenStreetMap sans en redéfinir de nouvelles.

Par exemple ici pour le repérage des points d’eau à incendie, avec moins d’attributs spécifique et une reprise efficace des étiquettes existantes :

Évolution des attributs relatifs aux marquages des points d’eau à incendie

Un commun dont il faut prendre soin collectivement

Décrire finement de telles infrastructures est un mouvement au long cours. Il nécessite des efforts pour le constituer en rattrapant des années de retard mais aussi pour le maintenir en tenant compte des travaux, incidents et projets qui surviennent régulièrement.

Les agents d’intelligence artificielle actuels peuvent parfois aider sans représenter une solution en eux-même. Les décisions à prendre pour qualifier tel ou tel ouvrage ou déterminer comment résoudre telle erreur sont encore trop conséquentes. L’absence de jeux d’entraînement suffisamment développés ou de données source suffisamment qualifiées empêchent d’automatiser complètement ce processus. L’action humaine reste donc essentielle dans cet entretien et la production de cette donnée.

Voici quelques pistes d’actions pour celles et ceux qui souhaiteraient se joindre à nos efforts :

  • Développeurs, regardez la liste des tâches Osmose, la liste des tickets JOSM ou ceux d’iD relatifs aux infrastructures publiques pour nous aider à résoudre certains problèmes
  • Contributeurs, rendez-vous dans la liste des projets locaux et peut-être qu’il en existe un pour votre pays
  • Ré-utilisateurs, essayez d’intégrer les données OpenStreetMap à vos différents projets
  • Exploitants de réseaux, donnez leur chance aux données OpenStreetMap en les comparant avec vos référentiels internes et ainsi obtenir certains retours utiles
  • Collectivités propriétaires de réseaux, partagez les données dont vous disposez afin de concentrer les actions de la communauté sur la production de données n’existant réellement pas.

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