Revue 2018 : les services OSM France

2018 est une année un peu particulière pour OpenStreetMap, l’année où Google a radicalement changé son business model sur “Maps”. Ce fut brutal, tant dans les délais d’annonce que dans les augmentations de tarif. Cela a ainsi provoqué le choc nécessaire pour que certains sites passent à d’autres solutions pour afficher des cartes. Un nombre important d’entre eux s’est du coup intéressé (enfin) à OpenStreetMap.

Habitués à la gratuité, ont-ils migré vers une alternative gratuite ? Comment cela se répercute sur les services “offerts” par OpenStreetMap (et OpenStreetMap France) ? Mais au fait, comment ça marche tout ça ?

Les fonds de carte d’OSM et OSM France

Le principal service est bien sûr le fond de carte. C’est la partie la plus visible de l’iceberg OSM. En profondeur, il s’appuie sur les données OpenStreetMap et les centaines de milliers de contributeurs tout autour du globe.

Fond “FR” produit par OpenStreetMap France

Il n’y a pas un seul fond de carte OSM ! Un très grand nombre de styles sont créés et adaptés à différents usages. Le site openstreetmap.org permet d’ailleurs d’en afficher 4 différents, parmi tant d’autres.
Faisons un petit arrêt sur les fonds de carte générés par la Fondation OSM et par OSM France… 

Pour en savoir plus…
Consultez notre page dédiée aux fonds de carte ainsi que notre article sur les alternatives à Google Maps 😉

Comment ça marche ?

La Fondation OSM produit un seul fond de carte, nommé « standard » et développé dans le projet openstreetmap-carto. Techniquement c’est un style en langage CartoCSS pour le logiciel mapnik. Ce fond et ce style sont parmi les plus utilisés et même parfois improprement appélés “mapnik”.

Les « serveurs de tuiles » effectuent les lourds traitements nécessaires pour interpréter les données cartographiques et produire les images correspondantes. Ces fonds de cartes sont en réalité composés de petites images de 256 pixels de côté : les « tuiles ». Parmi les 5 serveurs actuels, l’un d’eux se trouve en France (mis à disposition par OVH).

Pour ne pas surcharger ces serveurs déjà bien occupés, d’autres maillons sont mis en place. Un peu plus d’une vingtaine de serveurs « caches » distribuent les fonds de carte aux utilisateurs finaux. Ce système permet de répartir le trafic et absorber les pics de consultation. Voici une carte montrant les emplacements des « caches » et les pays qu’ils couvrent par geodns :

https://dns.openstreetmap.org/tile.openstreetmap.org.html

Pour la France, le cache est mis à disposition par Rézopole à Lyon. Cette association gère un des nœuds internet d’interconnexion des opérateurs télécom. Ces nœuds d’interconnexion sont une sorte de zone neutre avec des temps de transit très court quel que soit l’opérateur. [Note en 2019 : le nombre de caches a augmenté, avec à l’heure actuelle 30 serveurs dans le monde, dont 4 en France]

Ainsi nous pouvons remonter le fil ! Quand vous, en France, voyez un fond de carte de la fondation OSM… C’est le serveur « cache » de Lyon qui vous transmet des petites images. Ces images ont été fabriquées à Roubaix par le serveur « tuiles » à partir des données. Les données proviennent de la base primaire d’Amsterdam. Enfin cette base est alimentée en continu par les contributions du monde entier.

La liste de l’ensemble des serveurs de la fondation est accessible. L’outil « munin » permet de consulter les statistiques de fonctionnement de chacun.

Et pour OpenStreetMap France ?

Nous avons 3 serveurs d’OpenStreetMap France qui génèrent des tuiles :

  • le premier pour le fond “FR” et les fonds en langues régionales (breton, basque, occitan),
  • un deuxième pour le fond “humanitaire” et quelques autres fonds spécialisés,
  • un dernier pour des fonds “techniques”, utiles aux contributeurs.
Fond “humanitaire” produit par OpenStreetMap France (accessible sur openstreetmap.org)

Un serveur de cache est installé à Lyon, en voisin de celui mis à disposition pour la fondation. Deux autres serveurs distribuent des images aériennes et satellites, utiles aux contributeurs pour compléter et corriger la base de données. Tous ces serveurs sont mis à disposition par OVH et Rézopole ou donnés par la fondation Free.

Comme pour la fondation OpenStreetMap, la liste des serveurs d’OpenStreetMap France et leurs statistiques sont librement accessibles.

Des chiffres, des chiffres !

Pour la Fondation OpenStreetMap, les graphiques cumulés actuels indiquent un trafic assez impressionnant. En moyenne sur 24 heures, environ 9 000 “tuiles” par seconde sont envoyées pour affichage. Soit près de 800 millions de tuiles par jour !

Pour OpenStreetMap France, les chiffres sont plus raisonnables, quoique 😉 Le fond “FR” sert tout de même plusieurs millions de tuiles par jour ! Nous avions démarré l’année 2018 avec un rythme d’environ 4 millions de tuiles par jour… En fin 2018, nous dépassons maintenant régulièrement le double, avec de 8 à 10 millions.

En somme totale sur l’année 2018, plus de 2 milliards de tuiles « FR » ont été servies. Cela représente un volume de trafic de 32 To.

Pour le fond “humanitaire”, l’évolution est du même ordre. Les serveurs de cache ont fourni environ 4.3 millions de tuiles quotidiennes en début d’année et 7 vers la fin.

Un pic ?

Quel beau pic le 6 juin 2018 ! Une analyse des fichiers des serveurs montre qu’une carte publiée dans un article par BFM en est la cause. Cette seule carte interactive, sur le fond de carte OpenStreetMap France, a générée un trafic de plus de 19 millions de tuiles !

https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/decouvrez-si-votre-carrefour-va-bientot-fermer-1464730.html

Augmentation globale du trafic depuis l’été

Pour les tuiles servies par la fondation, l’augmentation de trafic est importante sur ces 6 derniers mois. Une liste des variations par pays est disponible pour cette période, qui recouvre le changement de politique de Google Maps. Pour la France, le trafic a augmenté de 127%, à la 12ème place des augmentations !

Le Japon, le Mexique, l’Inde, le Portugal affichent aussi environ 100% d’augmentation, c’est-à-dire un trafic multiplié par 2. Rares sont les pays où le trafic a stagné voire baissé… on y trouve l’Allemagne et la Belgique (-8%) mais aussi de nombreux pays de l’Est ou le Danemark (-59% !).

D’autre part, depuis l’été le nombre de tuiles affichées (courbe bleue) et le nombre de visiteurs quotidiens (courbe rouge) ne sont plus corrélés. Le nombre de tuiles affichées augmente moins vite. Nous imaginons que les nouvelles cartes qui utilisent nos tuiles sont souvent plus petites et moins interactives. Un cas typique des petites cartes « nous sommes ici » que l’on trouve sur de nombreux sites ! Parfois une simple image statique serait certainement plus efficace.

uMap : pour personnaliser et partager sa carte

OpenStreetMap France propose aussi un service de personnalisation de cartes, il s’agit d’uMap. Vous pouvez choisir un fond de carte puis y ajouter vos propres informations par dessus. Vous pouvez aussi partager le résultat directement ou en l’intégrant sur un site web (un peu comme avec Google Maps).

Page d’accueil de umap.openstreetmap.fr

Notre serveur sur umap.openstreetmap.fr héberge près de 300 000 cartes personnalisées. Explorons quelques statistiques intéressantes.

Cliquez pour le détail

En début d’année, uMap reçoit un peu moins d’un million de requêtes quotidiennes. Mais là aussi le trafic a augmenté, de l’ordre de 50%, pour atteindre environ 1.3 millions de requêtes quotidiennes.

Assurer le service !

L’accès à ces services est gratuit, mais ils ont bien sûr un coût :

  • Des serveurs et de la bande passante, cela représente des coûts non négligeables en ressources matérielles et consommations diverses
  • Des serveurs en marche et des services qui tournent, cela n’arrive pas seul ! N’oublions pas le coût en ressources humaines 🙂

Pour l’aspect matériel, OpenStreetMap France s’appuie sur :

  • des dons financiers, par des appels aux dons pour l’achat et la mise à niveau de serveurs physiques
  • ainsi que des dons en nature (serveurs physiques)
  • et des ressources mises à disposition (prêt de serveurs physiques et/ou machines virtuelles)

Au total, une quinzaine de machines physiques et virtuelles sont ainsi utilisées.

Pour l’aspect humain, tout est géré par une équipe bénévole. Trois personnes s’occupent de la base « infrastructure » et une dizaine pour gérer les services.